Ce que Djeukam Tchameni réclame depuis sa prison à Paul Biya concernant Issa Tchiroma Bakary

Ce que Djeukam Tchameni réclame depuis sa prison à Paul Biya concernant Issa Tchiroma Bakary

Baptiste Lacomme

Détenu depuis le 24 octobre 2025 au Secrétariat d’État à la Défense, Djeukam Tchameni rompt le silence de sa cellule. Le président du MDI et membre du présidium de l’Union pour le Changement lance un appel pour sortir de la crise post-électorale qui paralyse le pays depuis le scrutin du 12 octobre.

Face à l’impasse politique, Tchameni propose une solution audacieuse : l’ouverture de négociations directes entre Paul Biya et Issa Tchiroma Bakary. Il affirme que le Cameroun se trouve au bord d’un tournant périlleux et que seul un dialogue de haut niveau peut éviter la catastrophe.

Dans son message, Tchameni souligne l’ouverture du chef de l’État lors de son discours d’investiture, qu’il juge être la moins arrogante en quarante-trois ans. Il y voit une main tendue vers la paix et la concorde, une opportunité à saisir pour débloquer la situation.

L’urgence réside dans l’extension possible de la violence aux autres régions du pays. Le conflit qui ravage le Nord-Ouest et le Sud-Ouest depuis huit ans pourrait gagner l’Adamaoua, l’Extrême-Nord, le Littoral et l’Ouest. Tchameni craint une contagion de la crise si aucune action n’est entreprise rapidement.

Sa proposition repose sur une médiation internationale entre Tchiroma, porteur de la légitimité populaire, et Biya, détenteur des instruments légaux du pouvoir. Un accord pourrait déboucher sur une transition dirigée par un vice-président ou un premier ministre doté de pleins pouvoirs, combinant légitimité et stabilité.

Cette initiative se heurte cependant à des obstacles réels. Le camp présidentiel a déjà tenté des approches après le scrutin, notamment en proposant à Tchiroma le poste de premier ministre, proposition qu’il aurait rejetée. Le rapport de force reste fragile et les intentions véritables de chaque partie demeurent opaques.

La portée réelle de l’influence de Tchiroma dans le Grand Nord constitue une variable majeure du jeu politique. L’implication probable de l’Union africaine et d’acteurs internationaux, notamment face au recul occidental vis-à-vis de Biya, alimente les spéculations sur un gouvernement d’union nationale. Les noms évoqués concernent surtout des candidats minoritaires, sans poids comparable aux principaux protagonistes.

La pression extérieure s’intensifie également. L’organisation américaine Black Lawyers for Justice a adressé une lettre ferme à l’ambassade du Cameroun à Washington, exigeant la libération immédiate de Tchameni. L’arrestation est dénoncée comme contraire à la Constitution et aux conventions internationales.

Les avocats réclament l’annulation de toute condamnation militaire, un accès médical pour la famille et des réparations pour les préjudices. Ils menacent de lancer une campagne internationale et d’engager des poursuites devant les tribunaux fédéraux américains en cas d’inaction.

La conjugaison de cette pression juridique internationale et de l’appel interne de Tchameni place le pouvoir devant un choix stratégique. L’État doit clarifier sa direction : celle du rassemblement et de l’ouverture, ou celle du durcissement, avec le risque aggravé de nouvelles tensions dans un Cameroun déjà fracturé.

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