Ce que Orano cache vraiment sur ses mines d’uranium au Niger et pourquoi cela menace l’équilibre géopolitique africain

Esteban Ortega

Le groupe nucléaire français Orano menace des poursuites judiciaires contre quiconque tenterait de s’approprier l’uranium nigérien. Cette déclaration intervient lors d’une audition devant les sénateurs français, où le président du conseil d’administration a exprimé sa fermeté face aux violations répétées de droits de l’entreprise au Sahel. Environ 1 000 tonnes d’uranium se trouvent actuellement sous contrôle du gouvernement nigérien à l’aéroport de Niamey, au cœur de ce différend croissant.

Les relations entre le Niger et Orano se sont considérablement détériorées depuis le putsch de 2023. Le changement de régime a entraîné une réorientation géopolitique de Niamey et une reprise progressive des opérations minières par les autorités militaires. En juin 2025, le gouvernement nigérien a annoncé la nationalisation de la société SOMAÏR, dans laquelle Orano détenait une participation majoritaire depuis l’époque d’Areva. Cette décision a déclenché une série de procédures d’arbitrage international entre les deux parties.

Le stock en question provient des mines de SOMAÏR situées à Arlit, dans le nord du Niger. Il s’agit d’environ 1 000 tonnes de concentré d’uranium jaune-cake, représentant une valeur marchande estimée à 250 millions d’euros. Orano affirme qu’une partie de ce stock a été déplacée par les autorités nigériennes d’Arlit vers l’aéroport international de Niamey. Des images satellites et des rapports indépendants signalent que des convois routiers observés en décembre auraient transporté des matériaux liés à ces ressources stratégiques.

Orano s’appuie sur une décision du tribunal d’arbitrage du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements rendue le 23 septembre 2025. Cette décision ordonnait au Niger de ne pas vendre, transférer ou faciliter le transfert du minerai vers des tiers. Malgré cette injonction, l’application effective de cette décision reste incertaine, renforçant la détermination d’Orano à poursuivre ses recours judiciaires sur tous les fronts possibles.

Le Niger cherche à exercer une souveraineté complète sur ses ressources naturelles dans une dynamique de réorientation politique majeure. Depuis 2023, le pouvoir militaire entend diversifier ses partenariats internationaux, notamment vers la Russie, tout en réduisant l’influence française. Cette volonté s’accompagne d’une intention de commercialiser indépendamment l’uranium nigérien sur le marché mondial. Cet objectif intensifie les frictions judiciaires et complique la normalisation de la situation.

Au plan économique, la crise a déjà des impacts directs sur Orano. L’entreprise a suspendu certaines activités au Niger et mis en veille des projets comme Imouraren. Sans exportation fiable de minerai et privée de son principal actif nigérien, la capacité d’Orano à honorer ses engagements de fourniture d’uranium auprès de ses clients internationaux subit une pression croissante.

En menaçant d’actions judiciaires contre des tiers, Orano ouvre la porte à une possible implication d’acteurs internationaux attirés par ces ressources stratégiques. L’entreprise cherche ainsi à dissuader toute transaction susceptible de contourner les décisions de justice existantes. Cette stratégie élargit le champ potentiel du conflit bien au-delà des tribunaux arbitraux traditionnels.

À mesure que les procédures juridiques progressent et que les relations diplomatiques entre Niamey et Paris restent tendues, les conséquences de ce conflit dépassent les enjeux immédiats. L’issue aura des répercussions durables sur la gestion des ressources naturelles en Afrique de l’Ouest et sur les stratégies d’investissement dans le secteur énergétique mondial. Les marchés et gouvernements suivent attentivement ce dossier qui entrelace enjeux économiques, droits souverains et complexités juridiques internationales.

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