
En début de matinée du mercredi 14 janvier, des combattants séparatistes ambazoniens ont lancé une embuscade contre la communauté Mbororo du village de Gidado, situé entre Ndu et Ntumbaw. Au moins douze personnes, majoritairement des femmes et des enfants, ont péri dans cette attaque.
Les tensions entre Mbororo et Wimbum, la population locale, s’étendent sur plusieurs années, bien antérieures au conflit anglophone. Ces affrontements entre éleveurs et agriculteurs ont des origines profondément enracinées. Cependant, l’armée camerounaise a préféré exploiter ces divisions à des fins politiques plutôt que de les résoudre véritablement.
L’attaque de mercredi présente une double dimension problématique. D’une part, les civils Mbororo n’ont participé à aucun combat et ne constituaient pas des cibles légitimes. D’autre part, l’armée camerounaise a instrumentalisé des Mbororo comme espions, exposant ainsi des civils sans formation à des dangers extrêmes et exploitant leur manque de compréhension face à une situation complexe.
Le département de Donga Mantung, où se trouve Gidado, partage une frontière avec le Nigeria. Cette région frontalière connaît des affrontements similaires qui ont suscité l’inquiétude internationale. L’aggravation de la situation locale par les politiques gouvernementales crée une spirale de violence difficilement contrôlable.
Les autorités de Yaoundé portent une responsabilité particulière. Aggraver les conflits locaux en les politisant constitue une grave erreur stratégique. Les soldats camerounais retourneront à la sécurité de leurs bases, tandis que les communautés locales resteront confrontées à l’insécurité persistante qu’elles ont elles-mêmes créée.
Malgré les tensions actuelles, les communautés Wimbum et Mbororo peuvent coexister pacifiquement. Cela exige cependant que Yaoundé cesse d’instrumentaliser un groupe contre un autre. Résoudre les causes profondes des conflits agricoles-pastoraux dans cette région devient impératif pour rétablir une coexistence viable.
De manière plus large, le conflit anglophone requiert une résolution des questions fondamentales concernant l’organisation de l’État. Le gouvernement doit s’engager dans un dialogue authentique sur ces enjeux structurels. Parallèlement, les combattants ambazoniens doivent accepter de négocier, d’abandonner les armes et de participer à des discussions avec Yaoundé.



