Comment la peine capitale devient l’arme ultime contre les meurtriers rituels en Afrique ?

Baptiste Lacomme

Au Gabon, une recrudescence des crimes rituels pousse les autorités à envisager le rétablissement de la peine capitale, abolie depuis 2010. Cette question a été soulevée lors de la cérémonie des vœux de l’administration, marquant un tournant dans le débat public gabonais sur la justice pénale.

Guy-Bertrand Mapangou, président du Conseil économique, social, environnemental et culturel, a rapporté que des voix réclament activement le retour à la peine de mort. Les partisans de cette mesure affirment que l’emprisonnement à vie s’avère insuffisant pour dissuader les criminels. Selon eux, cette sanction extrême constituerait un moyen efficace de lutter contre les actes criminels graves.

Le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a réagi en affirmant que cette question doit être tranchée par le peuple. Il a ordonné l’organisation d’une consultation populaire, sans préciser les modalités de cette démarche démocratique. Cette approche place le débat dans l’arène politique et citoyenne.

Des voix d’opposition s’élèvent immédiatement contre ce projet. Le sénateur Marc Ona Essangui rappelle que l’abolition de la peine de mort demeure un acquis démocratique. Il soutient que le cadre juridique existant suffit et qu’il serait dangereux de rouvrir ce débat fondamental sur les principes de justice.

Lionel Engonga, représentant de l’ONG SOS prisonniers, critique cette proposition comme une réaction émotionnelle plutôt qu’une solution réfléchie. Il estime que le système judiciaire nécessite d’abord des ressources adéquates et une véritable indépendance. Dans un contexte où les erreurs judiciaires persistent et où les enquêtes manquent de rigueur, rétablir une peine irréversible présenterait des risques graves pour l’innocence.

L’organisation souligne que la peine de mort ne prévient pas le crime et peut entraîner des exécutions d’innocents. Pour ses détracteurs, renforcer la justice passe par améliorer son fonctionnement, non par des mesures extrêmes qui contredisent les évolutions démocratiques récentes du pays.

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